Lucie Deiss Marguet
« Le plus grand arbre est né d’une graine menue ». Lao Tseu.
Originaire de Franche-Comté, j’ai grandi au sein d’un foyer protecteur, proche des traditions, là où les forces de la nature dictent les journées, où l’on adapte ses activités à la vibration universelle, loin des médias et de nos villes bétonnées. Je me souviens de l’importance de nourrir les plus petits, de respecter les plus anciens pour sauvegarder leurs transmissions et de l’importance du travail pour les adultes. À chaque génération, tout comme à chaque saison, à chaque moment de la journée, des activités, des routines ou des aliments différents. Malgré les difficultés qui se présentaient parfois, le temps passait et la vie reprenait. Le mouvement, les cycles, l’acceptation du temps qui passe : le cycle permanent de construction, maintien, destruction, construction, maintien,…
Le cadre apporté durant cette période m’a permise de me construire avec des racines bien ancrées (kapha: eau+terre). Une stabilité initiale me donnant la possibilité de grandir au gré de mes envies, en écoutant ce qui me faisait déjà vibrer. Mes premières aspirations ont pris naissance en regardant mon papa, les dimanches matins, en train de pétrir la farine, l’eau, le beurre afin d’apporter à sa pâte une certaine fermeté, stabilité, souplesse, une harmonie de la matière. Trente ans plus tard, je vois dans ces souvenirs le résumé de tout le travail qui m’anime aujourd’hui : donner les outils au patient pour qu’il trouve l’harmonie de son corps et de son esprit par l’intermédiaire de l’harmonie des différents éléments qui le constitue : la Terre, l’Eau, le Feu, l’Air et l’Éther. C’est donc de mes mains que je veux travailler, non pas pour faire de bons « gâteaux ménages », mais pour rétablir l’équilibre du corps humain.
Une relation au toucher qui s’installe et s’affirme :
J’obtiens mon Diplôme d’État de Masseur-kinésithérapeute en 2004. Les retours positifs de mes patients ainsi que le plaisir à toucher, masser, me poussent à continuer à apprendre. Je pars travailler dans différents endroits, différents cabinets et même en Spa. Je sens qu’une partie de moi aime la fluidité, le mouvement, la liberté, les espaces à explorer. Je comprendrai plus tard que c’est la prédominance de mon dosha vata (air+éther) de ma prakriti (constitution), qui me permet de voyager, de remettre le corps en mouvement par le massage, de relier l’utile à l’agréable. Chaque enseignement tel que la réflexologie plantaire, le shiatsu, m’apaise, m’équilibre, nourrit un feu qui ne demande qu’à digérer des choses : c’est là une autre facette de ma prakriti: Pitta (feu+eau), le feu qui a besoin de matière à digérer pour être maitriser.
« La dévotion est ce qui engendre la connaissance; la connaissance est ce qui façonne la liberté ». Tulsidas.
M’appuyant sur une stabilité grandissante avec le fondement de mon foyer et un travail qui m’épanouie, je gagne en liberté : plus de sécurité, plus de liberté; plus d’ancrage, plus de stabilité, moins de peur face aux intempéries, moins de dispersion…je suis diplômée en Médecine Traditionnelle Chinoise en 2011 et j’ouvre mon cabinet de masso-kinésithérapie et de Médecine Traditionnelle Chinoise un an plus tard à Annecy. Plusieurs années passent, je m’approprie les choses qui me parlent, retirent celles qui m’encombrent. La médecine chinoise m’enseigne que le corps, le mental et les émotions sont connectés et que nous sommes en interaction permanente avec les forces de la nature (le rythme des saisons, le rythme des journées, les phases de notre existence). Je retrouve les 5 éléments qui permettent au vivant de rester en santé s’ils sont en équilibre. Ce sont la Terre, le Feu, le Bois, le Métal et l’Eau. Mon approche se globalise, mon toucherva chercher des points stratégiques pour corriger les déséquilibres. L’observation, l’écoute, le ressenti, la vérification du fonctionnement des différents systèmes du corps deviennent des éléments indispensables pour mon approche thérapeutique. J’attache une importance grandissante aux choses que les patients laissent pénétrer en eux (nourriture-boisson-expérience de vie, informations sensorielles, lumière) et leurs éliminations (selles-urines-sueurs). Je ressens malgré tout, de la frustration à ne pas rendre suffisamment le patient acteur de sa guérison. C’est donc pour cela que je commence à enseigner le Yoga en 2018.
« Fais du bien à ton corps pour que ton Âme ait envie d’y rester ». Proverbe indien.
Cet enrichissement, provenant de la médecine indienne, donc de l’Ayurveda, me passionne très vite. Beaucoup d’équivalences avec la médecine chinoise mais quelques différences, comme par exemple les éléments Bois et Métal qui laissent la place à l’Air et l’Éther (espace). On parle aussi de forces définies par l’association de 2 éléments, qui constituent les doshas, et qui permettent de comprendre le bon fonctionnement du vivant. On parle aussi des vayus, des vents intérieurs reliés à chaque élément. Cette approche me parle plus, elle me parait plus simple à comprendre par tous et encore plus globale. C’est donc via les cours collectifs de yoga que je transmets cette possibilité d’aller ressentir par soi-même l’origine de ses déséquilibres (Vrikritis) et de s’épanouir à travers la découverte de Soi.
Harmoniser son corps comme on harmonise un instrument à vent, afin d’ aller à la recherche de sa propre mélodie intérieure, par la respiration et les postures.
La clé de cet enseignement s’appuie non seulement sur les asanas (les postures) : recherche d’un corps ferme, stable et détendu…(travail déjà effectué en pâtisserie!); mais aussi et surtout sur larespiration, la gestion du souffle, le pranayama. Le souffle est primordial, c’est le chef d’orchestre, celui qui dirige, qui met en mouvement, qui nettoie, qui caresse, mais qui peut refroidir, assécher, déséquilibrer, disperser. Ce souffle est comme le vent (vent de vata : air + éther), celui qui emporte les feuilles mortes, les poussières, qui rafraichit pour lutter contre les fortes chaleurs. Il est comme le courant d’air qui purifie nos intérieurs, comme nous tous qui faisons du vide dans nos armoires de temps en temps, pour faire de la place, pour s’alléger, pour y voir plus clair.
La respiration, le mouvement, les cycles perpétuels…
Le mouvement permanent, d’ouverture-de fermeture, de clarté-d’obscurité, de vie-de mort…ces cycles naturels qu’il est nécessaire d’accepter, de s’appuyer dessus pour avancer. Avoir confiance en ce mouvement infini, comme le faisaient si bien nos ancêtres. L’inspiration, imagée comme le temps de l’enfance qui s’enrichie d’expériences de vie, d’aliments, de lumière; la suspension de souffle, pour observer, ressentir les résultats de nos enrichissements, pour digérer ce qui a pénétré en nous (le travail à l’âge adulte); l’expiration, pour rejeter ce qui n’est pas utile et transmettre le fruit de nos expériences (les ancêtres).
J’apprends et je prends très vite conscience du pouvoir de l’expiration, et surtout dans une période comme la nôtre, période de consommation excessive, de remplissage des plannings (pour le travail, les amis, la famille), de saturation de nos ordinateurs, téléphones, de saturation de notre système nerveux. L’expiration pour vider, pour véhiculer ce qui nous éloigne de notre propre nature (loin des conditionnements), pour véhiculer nos émotions. Sans cette expiration, sans cette expression, ces cris, ces pleurs, nos émotions s’impriment en nous et les maux en tout genre apparaissent. Avec conviction, je tente de familiariser mes élèves avec leur soufflerie intérieure à travers le pranayama, les mantras, le chant.
Selon la philosophie du yoga, chacun dispose d’un certain nombre de respirations. Lorsque ce capital est épuisé, la vie s’achève( Happy breathday! ).
« La plus grande révèlation, c’est le silence ». Lao Tseu.
En retournant les sens vers l’intérieur, et spécialement vers les sensations procurées par la respiration, les vacillements du corps deviennent facilement perceptibles, l’état d’équilibre du corpspeut être maintenus : c’est le travail de la proprioception (bien connue des sportifs). Les vacillements de nos pensées sont, elles-aussi contrôlées, c’est donc là le fondement de la méditation, la « proprioception du mental », une de mes expressions pour réconcilier les sportifs avec la méditation. Par la pratique, je comprends ce que veut dire « prendre du recul »: se placer en tant que témoin, Drashtar, s’observer, comme un spectateur de sa propre vie, sans vouloir la changer, simplement s’observer. Observer que notre mental peut être attirer par des forces d’excitation (rajasiques) ou de léthargie (tamasiques), et ainsi rester dans la voie du milieu (énergie sattvique). Toutes ces interactions permettant de rester présent en Soi, à chaque instant.
« Quand l’alimentation est mauvaise, la médecine ne sert à rien. Quand l’alimentation est bonne, la médecine n’est pas nécessaire ». Proverbe ayurvédique.
Grâce au yoga, chacun peut doucement se laisser guider par ses sensations, instincts, se relier à sa source pour penser, parler, agir, garder l’équilibre et doucement ressentir sa vibration intérieur, le nada. Cependant, si la pratique reste trop infime face aux excès de stimulations, d’alimentations-boissons non adaptées, ma place de conseillère en Ayurvéda prend une dimension indispensable. Mes connaissances sont un soutien pour permettre à chaque patient de comprendre quelle est sa prakriti (constitution), quelles sont les qualités qui le définissent (lourd-léger, sec-humide, froid-chaud, mobile-immobile) et ainsi d’aller soutenir sa santé par l ‘alimentation, les compléments à base de plantes, ainsi que de conseils spécifiques en yoga, méditation, mantras, hygiène de vie. En effet, chaque aliment, épice, plante se définit par des saveurs et des propriétés spécifiques pouvant soutenir ou à l’inverse créer des déséquilibres (vrikriti) et entraîner des maladies.
La vie est là pour nous faire vivre des expériences, nourrir notre corps et notre esprit de sensations. À nous d’être Présent en Nous pour Grandir et permettre à notre Être intérieur de trouver Sa Lumière et d’y rester connecté.
« Plus le sagę donne aux autres, plus il possède ». Lao Tseu
Merci à vous, parents, famille, amis, patients, élèves qui me permettez de Grandir et d’ÊTRE ce que JE SUIS.
Lucie.

